Voilà une journée qui commence mal ! Nos colocataires
du gîte levés quelques minutes avant nous ont mangé la moitié de notre pot de
confiture. Du coup, nous partons un peu plus vite…
« Sur le chemin, on n’est pas pareil ». C’est un
autre colocataire du gîte qui le dit et c’est vrai. Le chemin, "c’est la vérité",
sur le chemin pas moyen de tricher. Il nous met face à nous-même. On se
croit fort et une simple montée nous met raplapla. On se croit au bout du
rouleau et après un grand verre d’eau fraiche, une pause, on retrouve une
énergie enfouie on ne sait où ?
"Le chemin, c’est la vérité"; si on arrive à supporter
nos co-marcheurs, à partager l’eau et le pique-nique, à accepter leurs rythmes
et à faire preuve d’empathie, il nous dit quelque chose de notre relation.
Nous sommes au Pays Basque depuis Lichos ; ça se voit
aux noms imprononçables sur les pancartes, aux piments et aux couleurs basques
sur les nappes.
Quand le pèlerin zigzague sur le chemin, d’un point d’ombre
à l’autre, c’est qu’il fait chaud, très chaud. Aujourd’hui, nous avons dû
allonger notre périple d’au moins 2kms simplement en recherchant l’ombre. Le
paysage est rond, doux, vert. La campagne est belle, entretenue ; les
maisons sont grandes, rouges et blanches et fleuries. Les volets sont fermés,
la chaleur est écrasante.
La pause déjeuner au bord du lac est, comme toujours,
déraisonnable. Nous bravons l’interdiction de baignade et les derniers
kilomètres sont terribles.
Nous parvenons indemnes à notre gîte: la maison
Franciscaine, qui est un véritable havre de paix, tenue par deux hospitaliers
Belges, Guy et Béatrice. Il s’agit d’un ancien couvent magnifiquement
transformé en accueil pour pèlerins.
Arrivés là, chacun trouve le moyen le plus approprié de se
refaire une petite santé : un petit plongeon dans la piscine municipale,
un bon milkshake dans un salon de thé climatisé, une petite bière à l’ombre
d’un parasol ou quelques courses au Casino en prévision d'un festin pour
pèlerins.
Nous dinons avec Pierrot, un Normand. Il nous raconte
quelques histoires du chemin. J’adore les histoires du chemin. (Une petite dame
avait fait le chemin jusqu’à St-Jacques et là, elle fait le retour, tranquille,
à son rythme, de Compostelle au Puy. Son mari, qui a 75 ans, a du mal à
marcher. Il fait le trajet en voiture, transporte le matériel à l’arrivée de
l’étape et revient à sa rencontre. Elle fait son chemin de retour à 82 ans.
Magnifique !)
Il y a 36 manières de faire son chemin. Comme ce monsieur
croisé plusieurs fois qui fait les étapes d’abord en voiture dans un sens, puis
en vélo dans l’autre, puis à pied avec un petit sac à dos, puis revient
chercher son vélo en voiture et rejoint le point de départ suivant…
Mais tous le font plusieurs fois avec quelques variantes.
A la maison Franciscaine, nous dinons d’une soupe maison et
d’une salade tomate/concombre. Nos hôtes nous ont préparé un dessert. Quelle
belle soirée !
« Tous les chemins mènent à soi ». C’est écrit
dans l’entrée et c’est vrai.
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